Carcajou dément est arrivé jeudi vers 20h00, avec une caisse de 24. En cannettes, c'est moins cher. On en a bu la moitié, puis on est parti au bar (au Café des Artistes, plus précisément) en avaler quelques autres. Parle parle jase jase. Deux heures trente déjà. Lièvre avenant ferme. On s'en revient et s'en enfile quelques autres pendant que je prépare les pasta. Dodo vers 5h00. Se réveille quelques heures plus tard le carcajou et ne manque pas de me réveiller aussitôt pour que je lui prépare à déjeuner. Ayoye ma tête, exactement comme je le craignais. Lui pète la forme; moi blême, lui rougeaud. Moi au jus d'orange et au verres d'eau, lui recommence sur la bière (on dit SUR la bière, comme on dit SUR Paris, comme on dit : je m'en vais SU' Matante). Ne me laisse même pas vérifier sur Internet si j«'ai des e-mails - il a FAIM !!!!! Et un carcajou qui a faim... Bon, vu que j'ai pas de visite souvent, je vais jouer à la Maman carcajou.
- Des truites, ça te va ?
- Oui mais viiiiiiiiiiiiite !!!! H'ai faiiiiiiiim !!!!
Je lui ai apprêté des super-truites enfarinées - cuisson parfaite; des mouchetées capturées cet été, évidemment. Dehors au thermo : -25 deg Cel. Et un vent à épanacher un orignal ! Moins quarante au moins. Encore. On est quand même parti prendre une marche. Pas le choix : j'ai perdu mes clefs en prenant ma marche le jour précédent et j'ai dû utiliser mon double hier soir. Je pense que l'avoir perdu alors que je suivais la piste fraîche d'un orignal dans le bois, justement. Mais surprise, quelques centaines de mètres après notre départ, je vois un trente sous luire dans l'ourlet de neige brodé par la charrue : une clef, puis une autre... Et ainsi de suite, à tous les pieds et demi. Je les ai toutes retrouvées en grattant dans la glace, même celles de l'apparte de mon ancienne... Pas supposées resservir, celles-là, mais j'y tiens. C'est sentimental. Un souvenir, quoi ! Plus besoin de se rendre jusqu'à la trail donc : retour, sous les conseils insistants du vent, qui nous mord les joues comme un Pit Bull. On vache un peu, à mon grand soulagement. (Meuuuh que ça fait du bien...) J'ai toujours mal à la tête. Lui pas. Et il ne tarde pas à s'emmerder.
- Bon, qu'est-ce qu'on fait, là ? Envoye mon Coyote, j'suis ton invité. Faut que tu me distayes. Faut que j'm'amuse; t'as dit qu'on allait s'faire du fun ! On va-tu aux danseuses ?...
- Rihhhard, y'é deux heures de l'après-midi pis j'ai un ostie de mal de tête !
- Bon ben quoi d'abord ? (Pschitttt !) On appelle Porc-épic apathique ?...
- Ouaouais, si tu veux.
Porc-épic est venu nous rejoindre au Café après sa semaine d'ingnégnirie montréalaise. Lentement, méthodiquement, comme d'habitude. Très lentement, même. Vers minuit, plus exactement. (Quand on pense que ce n'est qu'à une trente de voiture, ça vous donne une idée...) Curieux, c'est à cette heure seulement que je commençais à me réveiller et me sentir à nouveau en forme. On a profité de ma guérison pour fumer une poffe de DROYYYYYYE et se relancer quelques tournées de shooters. Il est des nôôôôtres, il... et ... Les copains, d'abord !... vous voyez le genre ? Trois heures, Lièvre ferme. Il fait moins trente-deux, mais on a fait chauffer nos autos au préalable. Ça tourne tout juste un peu moins carré. Comment ils ont fait pour coloniser un endroit pareil, les ayeux ?!... Carcajou veut toujours qu'on aille aux danseuses.
- Enwoye, mon Coyote !! T'es ben moumoune ! J'veux m'amuser ! On y va, on y va !
- Carcajou, c'est fermé à cette heure-là ! Pis on est à trois quarts d'heure de route en plusse !...
Porc-épic et moi avons réussi à le raisonner, non sans peine. En arrivant, coup d'oeil au thermo (l'hiver, ça devient une habitude) : moins trente-deux. Un gros disque de lumière, follow du cosmos, vise la vallée qui s'étend sous la fenêtre, merveilleux spectacle. Pschitt. Porc-épic vient d'ouvrir sa propre vingt-quatre. Eh oui, on vit à une époque individualiste. En bons Beaucerons, on a eu peu pitié et on décide de l'aider Carcajou et moi.
- H'ai faiiiiiiim, Coyote !!!!
Cette fois-là, j'ai opté pour la simplicité : des pasta, tiens ! mais Alfredo. On a aidé Porc-épic à augmenter sa réserve de bouteilles vides (histoire qu'il se fasse un peu d'argent de poche), pendant quelques heures une fois de plus, Carcajou et moi. Jusqu'à ce que l'aube vienne bourrasser la lune et et piétine sa robe de mariée. Dodo tout le monde.
On était tous brûlés : on ne s'est pas levé avant midi personne. Le coq a chanté :
- H'ai faiiiiiiim !...
De plus en plus simple : omelette aux champis, ail, oignons, poivrons, émental, échalottes, bleu et parmesan.
- Ça va-tu mieux, là ?....
- Grounch, crounch, groum, gulp, BURP, haaaaaaaaaaaaaaa... (Pschitt !)
Mes potes ont de la classe en estie...
Heureusement, la gestion de la visite annonçait une nette amélioration : Carcajou doit maintenant partir.
- Bon ben ok, bye mon Carcajou ! à la prochaine. Oublie pas tes chain-saws la prochaine fois : on a du bois à couper. Sans ça je passe pas l'hiver...
- Non non. Promis. Ben merci mon Coyote, ç'a été l'fun quand même (les danseuses) !...
Et carcajou s'en est allé, comme un cow-boy solitaire et mal rasé, sur son vieux cheval de tôle rouillée dont l'haleine blanche tourbillonnait dans le vent. Fiou !...
Porc-épic est plus tranquille. Beaucoup plus. En fait il est tellement lent que ça peut causer problème. Après lui avoir fait visiter ma tanière au complet (il ne l'avait pas vu depuis le début des rénovations) :
- On va-tu faire un tour de raquette dans le bois ? Il fait juste moins vingt-deux, avec une brume de glace un peu. Devrait être confortable.
- ... O... K...
Le temps qu'il se prépare, trouve ses raquettes, enfile son manteau long (genre par-dessus dans les films de Sergio Léone) et déroule son masque-cagoule kaki sur son visage jouflu, il était trois heures. En le voyant ainsi attriqué, j'ai crampé de rires pendant de longues minutes. Faut pas qu'aucun voisin voit ça, nous voient sur le chemin : ils appellent la police direct ! Le maniaque à la tronçonneuse, Jason et Davy Croquett... Y'a deux fous sur l'chemin, dans le rang, monsieur l'agent !...
On n'est pas rentré dans le bois avant quinze heures. Soit trois quarts d'heure avant le coucher du soleil... Ça nous laisse pas grand temps pour boire les quelques bières qui tintinnabullent dans mon back-sac et pis fumer le petit hasch maison que Chèvre hallucinée m'a donné l'autre fois ! Parlant de gelé, son GPS est gelé comme une bine. On va y aller à la boussole pis au soleil ou aux étoiles d'abord. On a pris Sud environ, peut-être Sud-Est. On n'était pas encore dans le bois que Porc-Épic était tout simplement fasciné par la quantité de pistes qu'on croisait.
- Mais y'a donc bien de gibier par ici !!
Et c'est vrai. On a vu de tout : lièvre, renard, coyote, orignal, chevreuil, écureuil, martre, porc-épic, loutre, castor... Il sortait sa caméra digitale à chaque traverse et se tapait un petit bout de film.
- Enwoye, shoot, télécino !
Là on est rentré dans le bois pour de vrai. Et on a eu de la visite... Qui a encore pété sa chaîne ? Rex. Ç'aurait été trop long de retourner jusqù'à la tanière, on a donc décidé de l'emmener.
Ça s'est quand même bien déroulé. On a raquetté Sud, puis Est jusqu'à la falaise de roche. J'ai reconnu les arbres tout écorcés.
- Viens, Porc-épic, j'ai quelque chose à te montrer : un porc-épic dans sa tanière.
- Non. Un vrai porc-épic. Là en-dessous de la grosse roche. Toi, viens voir.
Il était toujours là, tapis au fond de son trou, en boule, à nous observer avec crainte, horreur même. Sous le faisceau de la lampe de poche, son oeil réflétait rouge comme un cul de bicycle à Montréal pendant de Festival de jazz. Porc-épic a réussi à le filmer un coup - pas lui; l'autre. Puis Rex a rampé, jappé, grogné, renifflé, creusé, bavé, recommencé jusqu'à ce que Porc-épic (pas l'autre; lui) et moi on réussisse à le tirer à nous deux assez loin de la bestiole et qu'il l'oublie et se mette à japper au pied des chênes, des érables et de leur longs bras valseurs.
Presque plus de lumière déjà et pas question qu'on refasse tout le chemin inverse : ça serait trop long. Au retour, on va suivre le flanc et je suis sûr qu'on va déboucher sur un chemin de bois vers l'Ouest ou plus au Nord. Tout porte à le croire car des arbres ont été martellés dans les parages. On a quand même le temps pour une petite bière, non ?...
Sauf qu'elle n'a pas fait pschitt; elle a fait tschoufff... Sans enthousiasme aucun. Toutes les bières sont glacées, merde ! Faut faire un feu...
Je sais pas si vous savez, mais faire un feu à moins 20, quand il neige une poudre de glace permanente comme du fromage râpé, sans papier, avec un carton d'allumettes humide. Ça nous a pris cinq essais; deux heures. Même l'écorce de bouleau d'embrasait pas le bois. On l'a quand même eu. Il était temps, parce que les orteils et les doigts, ils étaient gelés comme chez le dentiste.
Voilà. Les bières ont dégelé. On les a bu. Elles étaient flates, quand même. On a fumé. On a buzzé. Trop gelés pour reprendre la route, on a pogné le fixe, silencieux, en contemplant le feu, dorlotés par sa chaleur, pendant plusieurs heures, alors que tout près derrière nous, un monde hostile et bleu, frigorifé, sifflait sa menace... Devant nous, le micro-climat ensoleillé de la survie, orange et réconfortant, qui nous permettait même de retirer nos mitaines. Rex dormait en boule un peu en retrait, blanchissant sous le sel des heures. On a entendu des glapissements de renards : Rex s'est mis à japper. je comprends pouquoi le chien est le meilleur ami de l'homme, même un douteux spécimen comme lui rassure de sa présence.
Ouais ben c'est pas tout. La petite omelette du matin, à minuit, elle commence à être digérée. Ça fait déjà dix heures qu'on erre dans le bois à moins vingt moins vingt-cinq. Ça creuse. Commence à faire faim. On a éteint le feu, dispersé les tisons, pris la vallée et abouti comme je l'espérais sur un sentier. On est arrivé à la tanière à 2h00 AM.
Tout au long du retour, je me disais que c'est quand même cool de p0uvoir prendre Sud ou Sud-Est avec un pote en raquettes et un chien fou, à l'aventure dans bois, d'aller passer une soirée avec les animaux sauvages et de revenir une demie-journée plus tard, les poumons aérés, les joues rouges et les doigts qui picotent... Si j'avais des enfants, j'aimerais bien leur léguer ça.
La beauté est sans prix, comme la liberté. Ce serait vraiment con de scrapper tout ça...
mardi, janvier 25, 2005
Résumé des derniers jours (premier degré seulement)
Publié par
Coyote inquiet
à
9:19 p.m.
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2 commentaires:
N'arrêtez surtout pas, mesdames... Tous les animaux aiment se faire flatter dans le sens du poil. Les coyotes surtout... ;o)) Merci beaucoup, sans blague. Content que ça vous emporte hors de la ville un bref moment.
Bien observé, Louise. J'ai écrit ça comme on écrit un e-mail à Chacal ou à un autre pote, sans même prendre la peine de se relire, d'où le nombre incalculable de fautes. Mais pour un texte plus sérieux, je jouerais aussi du dictonnaire, accroupi sur une table... Et je le lirais à quelques reprises.
-Tout au long du retour, je me disais que c'est quand même cool de p0uvoir prendre Sud ou Sud-Est avec un pote en raquettes et un chien fou, à l'aventure dans bois, d'aller passer une soirée avec les animaux sauvages et de revenir une demie-journée plus tard, les poumons aérés, les joues rouges et les doigts qui picotent... Si j'avais des enfants, j'aimerais bien leur léguer ça.
La beauté est sans prix, comme la liberté. Ce serait vraiment con de scrapper tout ça...-
Vous venez de gagner 50 points pour cette finale, de plus vous aviez déjà un 100 points pour -Jour étrange- en mai 2006 et hier 25 points dans -Silence on tourne- je vous aurais octroyé plus mais il y avais une belle fille loll ( Je me trouve drôle )Bref vous avez un cumul de 150 points à 1000 vous allez gagner quelque chose? Quoi ! Je ne le sais pas??
J'ai le temps d'y penser...En attendant soyez heureux d'avoir gagné une lectrice de plus ...
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